Réflexions du fauteuil : une retraite dorée pour Michael Sabia qu’il a eu la décence de refuser
27 03 2009J’ai écrit la chronique qui suit hier en début d’après-midi avant que Michael Sabia annonce qu’il renonçait à la retraite dorée que lui a offerte le gouvernement. J’ai décidé de la mettre en ligne malgré tout, parce qu’elle reste pertinente. Si elle ne s’applique plus au cas du nouveau dirigeant de la Caisse de dépôt, je n’ai aucun doute qu’elle trouvera sa justification dans une autre situation éventuellement.
Le journaliste Denis Lessard de La Presse nous apprend en exclusivité que le nouveau PGD de la Caisse de dépôt et placement recevra une pension annuelle à vie de 235,000 $ à la fin de son mandat dans 5 ans. C’est totalement indécent compte tenu de l’environnement économique actuel et des nouvelles règles de gouvernance que devraient adopter la plupart des entreprises surtout celles qui sont dans le secteur public.
À la fin de son contrat, Michael Sabia aura 61 ans. S’il vit jusqu’à 81 ans, son séjour de 5 ans à la tête de la Caisse lui aura rapporté 9,5 millions de dollars si on additionne son salaire et sa pension, soit 2 millions par année de service. On dit que l’ancien président, Henri-Paul Rousseau, avait les mêmes avantages, sauf qu’à l’époque de sa nomination, la Caisse de dépôt avait des rendements extraordinaires et l’économie était florissante. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Les salaires et avantages des hauts dirigeants d’entreprises privées et cotées en bourse ont explosé au cours des vingt dernières années. Les salaires des PDG des entreprises publiques et parapubliques autant au provincial qu’au fédéral ont suivi la même courbe ascendante. Nos gouvernements ont cru que pour attirer des professionnels compétents, les sociétés d’État comme Poste Canada, Radio-Canada, Hydro-Québec ou la SAQ devaient offrir des salaires et des avantages compétitifs. Travailler dans le public n’a jamais été aussi payant que d’œuvrer dans le privé. À ce que je sache, cela n’a jamais créé de pénurie de candidats valables pour occuper des postes à la tête de nos sociétés publiques.
Leur traitement salarial devrait être fixé en fonction de celui des postes équivalents dans les autres sociétés d’État, pas de celui des entreprises privées. Et les autres avantages devraient être négociés au moment de l’embauche des candidats choisis et être modulés en fonction de leurs compétences, de leurs demandes, du poids de l’organisme qu’ils vont diriger et des qualités des autres candidats en lice. Autrement dit, on n’aurait pas dû décider d’avance d’offrir à Michael Sabia les mêmes conditions généreuses qu’à H.-P. Rousseau. Il aurait fallu ajuster sa future pension aux conditions économiques actuelles et aux moyens réduits de la Caisse même si je pense que sa pension ne sera pas payée par cette dernière, mais par la CARRA, l’organisme qui gère le fond de pension des employés de l’état. On aurait peut-être pu obtenir ses services pour moins cher. Et si son choix avait été fait autrement que sur un flash du président du conseil, il y aurait eu d’autres candidats valables avec qui négocier.
C’est un mythe de croire que les sociétés d’État sont en compétition avec le secteur privé. Si on examine le profil de la plupart de leurs dirigeants, ils sont soit issus des rangs internes de l’entreprise comme c’est le cas à Hydro-Québec et la SAQ, soit venus du monde des affaires et indépendants de fortune parfois comme Michael Sabia ou ils ont fait carrière dans la haute fonction publique et les entreprises paragouvernementales comme Alain Cousineau de Loto-Québec. C’est le défi et le prestige qui les attire, beaucoup plus que le salaire et les avantages sociaux. Le fait que Michael Sabia se contente de son salaire et renonce aux autres avantages le démontre. Alors, pourquoi en donner plus que ce que le client en demande?
Michael Sabia se plaint de l’injustice dont il est victime dans une caricature-photo ici : http://lesbulles.monblogue.branchez-vous.com/
Publié par : jacqueso à 00:45:40Permalien
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